19.2.08

Nouvelle "moqueterie" présidentielle



Notre président, récemment désigné comme victime d’une «chasse à l’homme» par M.Fillon, a bien été obligé de reconnaître que sa côte n’était pas au beau fixe, d'où l'idée (brillantissime) d'attribuer à chaque élève de CM2 un enfant victime de la Shoah .

Sur la forme, notre Sarko préféré n’aurait pas pu mieux faire ; personne n’était au courant (à part ses proches et ses conseillers), il n’y a eu aucune discussion, aucun débat, que cela soit à l'Assemblée ou en Conseil des Ministres. Une fois de plus les idées du président prennent l’allure d’opinions non-réflechies, comme s'il adorait faire des «surprises» aux français.

Après l’idée (toujours digne d’Einstein) d’imposer la lecture de la lettre de Guy Moquet en début d’année, chaque enfant sera désormais doublé d’un enfant déporté de la Shoah. Les associations s’inquiètent du traumatisme que pourrait engendrer l’application de ce projet à des enfants de dix ans. Pourtant, selon Richard Prasquier (président du Crif) « l'âge du CM2 me paraît particulièrement bien approprié puisque c'est à partir de cet âge qu'aujourd'hui les enfants commencent à ramasser les informations de l'extérieur et à se construire un monde qui peut être un monde d'intolérance et d'exclusion ». Il aurait pû ajouter qu'aujourd'hui les images des jeux vidéo et de certaines séries américaines sont bien plus violentes que le simple fait de raconter l’histoire d’un jeune déporté.

Oui mais, car il y a bien un mais, d'après l'historienne Annette Wieviorka c'est le fait de demander à des enfants de prendre à leur charge des assassinats commis par leurs grands parents ou leurs arrières-arrières grands parents qui chiffonne. C'est une vision d'après guerre que l'on obtient, où les enfants n'ont plus la charge de leur avenir mais sont "encombrés par les fantômes du passé" .

Et il y a pire.

Il existe un réel risque de "concurrence mémorielle" selon Georges Bensoussan, historien et auteur de Histoire de la Shoah. Celui-ci a estimé dans Le monde qu'il était périlleux de transformer la tragédie de la Shoah en une mémoire officielle car, qu’on le veuille ou non, la France d’aujourd’hui est une France multiethnique et ne se résume plus à une seule histoire.


En outre, imposer l’enseignement de la Shoah à travers l’histoire d’un enfant juif décédé peut revenir à placer les juifs dans une position de victime et transcrire la Shoah en un souvenir basé sur la pitié. On tolère qu'un homme politique puisse évoquer le souvenir collectif avec compassion ou avec émoi, mais surement pas de la part d'un professeur d'histoire. Le passé que le président souhaite nous inculquer est une histoire culpabilisante (comme avec Guy Moquet) plutôt "q'une histoire assumée donc citoyenne" (propos de
Catherione T. dans le monde.fr). Ce projet pourrait ainsi (et c’est là tout le paradoxe !) devenir défavorable à un apprentissage correct de l’histoire de la Shoah car on est beaucoup plus proche du conte pour effrayer les enfants que de l'histoire juste.

Nous avons aussi la voie de la raison (plus communément appelée Simone Veil) qui a elle aussi prévenu sur la portée de cette réforme "Il ne faudrait pas que l'émotion provoquée par le témoignage des survivants dans les écoles aille de pair avec une allergie à la connaissance, que l'Histoire se fragmente en une série d'anecdotes individuelles".
En outre la Shoah ne doit pas se résumer à plusieurs histoires mais à une seule qui doit être collective. Ainsi on ne peut pas contredire cette chère Valérie Pécresse (tiens, elle nous avait manqué) qui évoquait le bouleversement qu’elle avait vécu lors de sa lecture du Journal d’Anne Franck au collège. C'est parce que ce témoignage d’Anne Franck n’est pas seulement le récit d'une histoire personnelle mais également celui de tous les juifs que ce récit devient saisissant. Pourquoi alors ne pas se contenter de lire en classe le journal d'Anne Franck au lieu de doubler d'un enfant juif chaque élève de CM2 !?

Enfin, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus absurde dans ce tollé présidentiel, Sarko revendique un but ultime à son projet : "lutter contre le racisme". Tous les professeurs et historiens (dont Annette Wieviorka) sont d'accord pour dire que parler plus crûment de la Shoah n'est pas une solution efficace pour vaincre le racisme.
En effet, les élèves de CM2 font rarement le rapprochement entre les propos racistes qu'ils ont tenu avec un camarade et les crimes commis par l'Allemagne nazie il y a un demi siècle. D'après
Wieviorka, le racisme est là, il est présent dans la société d'aujourd'hui, et "on ne peut pas éduquer un enfant si l'on pose comme postulat qu'il a en lui une graine de nazi et que l'éducation est simplement là pour éliminer cette graine". Pour faire bouger les choses c'est peut être plus la mixité, le sport, les activités en groupe qu'il faut favoriser plutôt que de traumatiser les enfants plus qui ne le sont déjà par le monde qui les entourent.


En somme, cette brillante idée de notre président possède très certainement plus de vices que de vertus, c’est pourquoi la directrice de cabinet de celui-ci, Mme Mignon, a élargit le champs du projet : la mémoire d'un enfant victime de la Shoah ne sera pas confiée à un seul élève mais à l’ensemble de la classe de celui-ci. Ce signe de fléchissement a réjouit tout le monde mais laisse septique. On a l'impression que le gouvernement reste (comme à son habitude) campé sur ses positions et ne se décide à s'adoucir que lorsque l'ensemble de l'opinion publique fait front contre lui.

C'est dommage car si tout ceci avait été discuté au préalable on aurait pu éviter à notre Sarko préféré de voir baisser sa côte de popularité ( et oui, bien dommage...).


Par Liz

3 commentaires:

Anonyme a dit…

coucou Lisa,
ta du bosser dur pour cette article j aurai carrement crut que c etait un vrai article de journal!!
je te souhaite une tres bonne continuatiojn et pk pas journalise ?;p
michaël

Anonyme a dit…

la troueducul

chérie, je m'attendais à plus de mordant de ta part !!
tu devrais un peu plus te laisser envahir par la fièvre de la protestation satirique !

elod

Anonyme a dit…

Assez Assez Assez

Que faire pour ne plus entendre parler de Sarkozy : une solution, ne plus se renseigner sur l’actualité, car en effet celle-ci ne se résume plus qu’à « Big Brothers : Sarkozy et l’UMP »
Emmanuelle Mignon qui fait une soi-disant « bourde » en s’exprimant sur les sectes et leur influence.
Le projet « shoah » ou il est clairement dit que « Sarkozy a la volonté très nette de ne pas céder ». Ce qui une fois de plus suscite un tollé : à se demander si Sarkozy émettra un jour une bonne idée approuvée et par son parti, le gouvernement et le peuple : ce qui n’est pas gagné…
Cela appartient au domaine de l’histoire, et laissons les choses comme elles le sont, l’idée en soit n’est pas mauvaise mais alors pourquoi toujours cette impression que Sarkozy impose sa loi ? A près tout, il n’y a pas que la shoah: tous ces enfants palestiniens qui meurent chaque jour, ou en Afrique… auront-ils ce même « privilège » ???
Et tout cela, pour quoi ? Pour éponger la mémoire coupable de la France dans ce crime contre l’humanité.
Madame Carla-Bruni, qui s’excuse pour sa phrase choc prononcée lors de son interview exclusive et orchestré de A à Z : « si j’ai pu blesser quelqu’un, j’en suis extrêmement désolée » alors que dernière eut une semaine pour peaufiner son interview : de qui se fout-on dans l’histoire ? Je vous le demande.
L’histoire du sms (bis) mais cette fois ci avec la participation exceptionnelle de Madame Cécilia Ciganer-Albeniz, qui jusqu’à présent n’avait ni confirmé ni approuvé le msg et qui sera entendue sur l’authenticité de ce texto publié par le Nouvel Obs.

Mais bon sang qu’ils cessent tous donc de s’exprimer pour ne rien dire ! Car jusqu’à preuve du contraire où nous ont amenés ces affirmations ???? à rien, juste plus de ragots disponibles. A-t-on résolu ne serait-ce qu’une part des problèmes de notre société : pouvoir d’achat, travailler plus pour gagner plus… la réponse est simple NON.

Alors si l’UMP ne comprend pas qu’a quelques jours des municipales, le mieux serait de la fermer surtout dans un contexte où les français voient la gauche vainqueur dans les grandes villes, eh bien qu’ils s’entre-tuent entre eux et nous laissent lire nos journaux tranquillement.

Dédicace spéciale aux médias qui remplissent à la perfection leurs rôles

Signé anonyme et au fait, buttes toi