29.3.08

La France, lointaine terre d'asile et des droits de l'homme...


Six ans se sont écoulés depuis le discours de Dominique de Villepin à l’ONU dénonçant la dérive de l’invasion de l’Irak par les troupes américaines. Trente ans que le président Mitterrand a tenu la main de l’architecte de la réunification allemande Helmut Kohl en signe de réconciliation des deux peuples. Quarante ans enfin que le général De Gaulle a imposé sa « certaine idée de la France » à un monde dominé par les pôles américano-soviétiques.

Le vieux rêve de la diplomatie française semble depuis s’être endormi.
Après des années à vouloir asseoir notre « indépendance nationale » vis-à-vis du reste du monde (des Etats-Unis notamment),
la France des droits de l’homme se fait désormais toute petite pour laisser les géants du monde se quereller entre eux. L’accession de Sarkozy à la présidence n’a pas non plus arrangé les choses. Depuis septembre les françaises et les français ont eu le droit :
-à la visite du dictateur libyen au palais de l’Elysée
-à la déclaration de Sarko en visite en Chine qui a assuré de facto l’appartenance du Tibet et de Taïwan au régime chinois
-à l'applaudissement par le président du bon déroulement des élections en Russie.

Voyez-vous, la France actuelle n’est plus celle dont on parlait jadis à l’étranger. Les valeurs qui régissaient la Gaule d'entant ne sont peut être plus qu'un vague souvenir d'un certain pays des droits de l'homme.
A une époque (pas si lointaine) il existait par exemple un droit que l’on appelait droit d’asile qui permettait aux personnes persécutées pour leurs opinions politiques ou leurs croyances religieuses d’être protégées par l’autorité souveraine de la France.
En théorie ce droit existe toujours mais dans la pratique on a le sentiment que ce n’est plus qu’un symbole fatigué.

La semaine dernière, Le Monde interviewait un tchétchène ayant récemment bénéficié de ce droit. Il semble que ce soit le dernier réfugié de la Tchétchènie à pouvoir profiter du droit d’asile. En effet, Paris cède de plus en plus à la pression de Moscou car Poutine n'apprécie pas vraiment que l'on protège de "dangereux terroristes". Ainsi, l’idéologie française bascule progressivement dans le pragmatisme houleux qui la pousse à privilégier la stabilisation des Balkans (notamment avec la question de l’indépendance du Kosovo) plutôt que de protéger des individus dont les droit ont été bafoués. Il ne faut pas non plus se leurrer, l’intérêt français ne se trouve pas uniquement dans la protection des Balkans mais aussi et surtout dans le commerce d’énergies avec l’ex-URSS (grand exportateur de gaz et de pétrole, ndlr). Ce n’est pas la première fois que les intérêts commerciaux priment sur la défense des droits de l’homme. L’exemple le plus flagrant de cette conception nouvelle est certainement la Chine dont on ne cesse de parler ces dernières semaines.


La "Une" du Libération de cette semaine est assez représentative de la réalité. Le titre, « A quoi sert Bernard Kouchner ? » reflète la perte des idéaux du French Doctor au profit d’un réalisme maladif. L’immobilisme est ainsi devenu la règle face à la souveraineté économique de la Chine. Le journaliste Laurent Joffrin critique le pragmatisme excessif du chef de la diplomatie française argumentant qu'il faut à la fois "garder les pieds dans le réel" sans pour autant "perdre de vue l’idéal » pour être un bon ministre des affaires étrangères. Sinon, si on dose trop de réalisme en politique étrangère, on ne fait plus rien. Sous l'allégation du pragmatisme on pourrait ainsi laisser les israéliens et les palestiniens s’entretuer sous prétexte que c’est un conflit inéluctable !
Parler, comme le fait monsieur Kouchner, de la crise tibétaine comme si rien ne pouvait être fait est donc scandaleux. Comment peut-on justifier la paralysie de l’occident en lançant simplement qu’il « ne faut pas être plus tibétain que le dalaï-lama » ? Une vraie avancée des droits de l’homme en Chine est une nécessité pour la France et lorsque je dis avancée je ne demande pas la fin du parti unique (ne soyons pas fous), mais au moins que la police chinoise arrête de taper sur les moines tibétains comme sur du bétail !
Toute cette histoire reste tout de même très paradoxale ; ce sont les pays qui ont le moins à craindre de Pékin, qui sont les plus en retrait quant à une dénonciation des crimes chinois. La peur du gouvernement est de fâcher les dirigeants chinois et de faire (soit disant) plonger l’économie française. On se demande si cette peur est réellement justifiée car l’Allemagne (qui a reçu le dalaï-lama dernièrement,ndlr) continue d’être en excédent commercial et d’avoir une économie en bonne santé. À noter au passage que le président tchèque Vaclas Klaus, le premier ministre polonais Donald Tusk, et le premier ministre estonien Toomas Hendrik Liives ont d’ores et déjà confirmé qu’ils n’iraient pas à Pékin.
Auraient-ils compris qu’il faut un front commun des démocraties occidentales face au géant chinois ?
Peut être que si Poutine était le seul chef de l’exécutif à être présent à la cérémonie d’ouverture, les dirigeants chinois se décideraient enfin à procéder à de vrais changements quant aux libertés individuelles de leur peuple.
Boycotter la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin est l’occasion de montrer que les droits de l’homme ont encore le vent en poupe chez les occidentaux et que la France reste l’un de ses plus ardents défenseurs.

Alors par pitié M.Sarkozy, boycottez la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin (que vous soyez président de l'Union Européenne ou non) !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

très beau article, toujours aussi vif et tranchant.
Cependant, je ne poserai qu'une question, les droits de l'homme ont ils un jour existé? Quand je parle d'exister, je veux dire si ils ont un jour été appliqués.
Pour ma part, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et la La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de l'ONU de 1948 sont de purs merveilles. Ce sont meme les plus belle créations de l'Homme. Quelle beauté de dire que "les hommes naissent et demeures libres et égaux en droits", de dire que que "le principe de toute souveraineté reside essentiellement dans la nation", que les droits naturels sont "la liberté, la propriété, la sureté et la resistance à l'oppression". Est que tous ces principes sont appliqués?
J'ai bein peur que non, surtout en France (peut etre en Scandinavie et en Islande ces principes existent vraiment dans les faits). Regardons de plus prets, dans la vie de tous les jours je constate que le force publique qui assure "la garentie des droits de l'homme et du citoyen" sont plus là pour protéger un pouvoir qui s'asseoit souvent sur nos Droits naturels.
Lorsqu'on resiste à l'oppression, les forces publiques ne nous tpent ils pas sur la gueule (comme lors de la seconde guerre mondiale par exemple). Cette force ne doit pas etre au service de l'utilité particulière de ceux à qui elle est confié (art. XII). l'Etat fait donc un usage anticonstituelle des flics!
Fichtre, une telle beauté qui n'est jamais exploité, n'est ce pas honteux?

En tout cas encore bravo pour ton article plein de bon sens! Merci

Mouton